Acculé par une situation sécuritaire qui se dégrade et une économie essouflée, le régime militaire du général Abdourahamane Tiani semble avoir opté pour la stratégie du « bouc émissaire ». Niamey accuse ses voisins, le Bénin et la Côte d' Ivoire notamment, et distille une rhétorique anti-française.
Le Niger déplore environ 1700 victimes, civils et militaires, dues aux attaques djihadistes, depuis l'arrivée au pouvoir du général Tiani. Tillabéri, située au carrefour des « trois frontières » avec le Mali et le Burkina Faso, est la région la plus touchée par la menace terroriste. Paradoxalement, le régime militaire du Niger pointe du doigt des pays bien plus lointains, comme la Côte d'Ivoire et le Bénin.
« Nous rappelons aux sponsors des (de ces) mercenaires, notamment à Emmanuel Macron, Patrice Talon, Alassane Ouattara : nous les avons suffisamment écoutés aboyer, qu'ils s'apprêtent eux aussi à leur tour à nous écouter (...) », a clamé le général Abdourahamane Tiani à la suite de l'attaque djihadiste du 29 janvier contre l'aéroport Diori-Hamani et la base militaire 101 à Niamey.
Pourquoi n'accuse-t-on pas le Mali ou le Burkina si les frontières sont poreuses ? La focalisation sur le Bénin, dont la frontière avec le Niger est officiellement fermée, interroge sur la logique du raisonnement sécuritaire de Niamey. Mieux, l'attaque est revendiquée par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM). Les chefs du JNIM sont, pour la plupart, originaires du Mali et du Burkina Faso. Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa sont maliens. Jafar Dicko est burkinabè. Aucun n'est ressortissant béninois, ivoirien ou français.
Après la riposte contre l'attaque, le général Tiani a publiquement remercié la Russie pour son soutien militaire. Un discours calibré pour séduire une partie de l'opinion publique à Ouagadougou ou Bamako, friande de vidéos virales sur les réseaux sociaux ; alors même que l'intervention française au Bénin, à la demande des autorités élues, avait été vivement critiquée au nom de la souveraineté.
La colère de Niamey reste sélective face à des actes répréhensibles de ressortissants de l'Alliance des Etats du Sahel (AES). Le JNIM a reçu 50 millions de dollars de rançons des Emirats arabes unis pour la libération d'un de leurs ressortissants. Un fait connu des autorités du Niger.
Sur le plan économique, le Niger fait face à de lourdes difficultés. L'uranium nigérien peine à trouver preneur, dans un contexte de contentieux judiciaire avec le groupe Orano. Environ 1 000 tonnes, initialement stockées au port de Lomé, ont été transférées vers la base aérienne 101 de Niamey.
Le pipeline pétrolier, censé rapporter près de 500 millions de dollars par an, a été endommagé lors d'attaques sur le sol nigérien, aggravant la pression financière sur le Niger.
M. M.